Nous aimerions ainsi repartir du problème de la constitution, de l’interprétation et de la mémoire de la Saint-Barthélemy, peut-être moins pour essayer de poser un nouveau jalon de l’historiographie de l’événement, que pour ouvrir sur une histoire des différentes postures ou situations mémorielles, des enjeux et des usages qui en ont été faits au cours des siècles. Comment l’événement “Saint-Barthélemy” a-t-il été raconté, expliqué, justifié, déploré, voire célébré ? Dès le départ, il ne semble pouvoir exister qu’à travers des rumeurs des rumeurs, des récits et des justifications contradictoires, aussitôt instrumentalisés à des fins politiques et religieuses par ses acteurs, victimes et bourreaux, ses témoins, qu’ils soient proches ou lointains, alliés, amis ou ennemis des premiers ou des seconds. Ce point de départ conduira à réfléchir à la production de sens et de formes que l’événement a continu de susciter au cours des siècles, et cela jusqu’aujourd’hui.
En d’autres termes, nous chercherons à mettre au jour la diversité desstratégies mémorielles en faisant jouer tous les supports de représentation de l’événement. Cela concerne d’abord la grande famille des écrits : documents d’archives (quelle qu’en soit la nature) ; écrits historiographiques (ouvrages historiques, manuels, dictionnaires biographiques, etc.) ; témoignages individuels (journaux, mémoires, correspondances) ; articles d’une presse naissante ou plus établie ; mais aussi pièces de théâtre, prose narrative (romans et nouvelles) et poésie en tous genres (chansons, cantiques, élégies, satires, épopées, etc.), une production dont les niveaux de littérarisation et les modes de réception sont très variés au cours de la période envisagée. Mais cela peut aussi concerner le cas échéant les images, qu’elles soient fixes (gravures, tableaux et photographies) ou mouvantes (films). Il y a là un ensemble de textes et d’images qu’il ne s’agira pas forcément de rapporter à un fait historique originel, qui aurait une réalité intangible en dehors d’eux, car ils forment aujourd’hui la somme constitutive de l’événement « Saint-Barthélemy » lui-même pris dans un processus de reconfiguration et de réinterprétation permanente. On s’interrogera ainsi non seulement sur la façon dont on représente la Saint-Barthélemy et sur l’existence d’une poétique de la Saint-Barthélemy, mais aussi sur la façon dont on a été conduit à « Saint-Barthélemyser » ou au contraire à « dé-Saint-Barthélemyser » d’autres événements au cours de l’histoire, ce qui produit un double effet de modification du présent par le passé et du passé par le présent. C’est toute la force (et la faiblesse) de l’anachronisme.
Nous invitons plus largement les participants à examiner les différentes modalités de la construction de la mémoire de la Saint-Barthélemy à travers l’histoire, que cette mémoire soit tournée vers des résurgences modernes et contemporaines, ou qu’elle ait pu inviter à se tourner, selon un geste anachronique opposé, vers d’autres modèles, empruntés à l’Antiquité (biblique en particulier), dont le massacre parisien aurait été comme une répétition a posteriori. On pourra explorer ces constructions mémorielles à l’échelle locale, comme à l’échelle globale, en se posant différents types de questions. Dans quels espaces géographiques cette mémoire a-t-elle été et est-elle restée particulièrement vive ? Pourquoi la convoque-t-on? Comment les sources mobilisées, les courants historiographiques, la demande sociale et religieuse, ou encore l’actualité influencent-ils les différentes lectures de l’événement, qu’elles soient destinées à des spécialistes ou bien au grand public ? Quelles analogies sont faites, et pourquoi, entre la Saint-Barthélemy et d’autres conflits européens ou extra-européens du XVIIe au XIXe siècle, entre la Saint-Barthélemy et les massacres du XXe et du XXIe siècles ? Qu’est-ce qui se rejoue ou se joue à neuf à chaque fois que le rideau se lève sur le théâtre de la Saint-Barthélemy ?
Ce colloque sera l’occasion d’un dialogue entre spécialistes issus de différents champs disciplinaires. Il se tiendra dans les locaux de l’Université Sorbonne Nouvelle et Sorbonne Université, avec le soutien de l’Institut Universitaire de France. Organisé en partenariat avec le “Marlowe Festival / Festival Marlowe (Université Sorbonne Nouvelle, Université de Reims Champagne-Ardenne, et University of Kent, il sera couplé à d’autres manifestations scientifiques et culturelles à Paris et à Reims (représentations théâtrales à la Comédie de Reims et à l’Oratoire du Louvre à Paris, promenade commentée de la Saint-Barthélemy à Paris, Banquet macabre…) au cours de la même semaine.
Les communications pourront servir de base à des articles soumis à la revue Etudes Epistémè (https://journals.openedition.org/episteme/) ainsi qu’à la Revue d’histoire du protestantisme (https://www.shpf.fr/numero/), en vue de la constitution de dossiers anniversaires de la Saint-Barthélemy.
Modalités et calendrier
Les propositions de communication de 300 mots environ, accompagnées d’une notice bio-bibliographique (1 page maximum) sont envoyer pour le 1er septembre 2021 à l’adresse suivante : SaintBarthelemy2022@gmail.com
Comité organisateur :
Tatiana Debbagi Baranova (Sorbonne Université, UMR 8596-CRM)
Julien Goeury (Sorbonne Université, UMR 8599-CELLF)
Anne-Marie Miller-Blaise (UniversitéSorbonne Nouvelle, EA 4398-PRISMES),
Rory Loughnane (University of Kent),
Christine Sukic (Université de Reims Champagne-Ardenne, EA 4299-CIRLEP).
Comité Scientifique :
Hubert Bost (EPHE PSL),
Denis Crouzet (Sorbonne Université),
Nathalie Dauvois (Université Sorbonne Nouvelle),
Daniele Maira (Université de Göttingen),
Kirk Melnikoff (University of North Carolina at Charlotte),
Lucy Munro (King’s College London),